Frédéric Nihous s’offre les services de Bruno Larebière

Le candidat de Chasse, pêche, nature et traditions à la présidentielle a recruté l’ancien rédacteur en chef de Minute pour le conseiller lors de sa campagne présidentielle en 2012.

La retraite politique de Bruno Larebière n’aura pas duré longtemps. L’ancien rédacteur en chef de Minute et dirigeant du Bloc identitaire (BI) a décidé d’aller prêter main forte à Frédéric Nihous. Une information que nous a confirmée le patron des chasseurs. « Il jouera un rôle de conseiller en communication, explique Frédéric Nihous. C’est un professionnel de la politique. »

Bruno Larebière n’intégrera pas pour autant le staff de CPNT, qui sera constitué par l’actuel bureau national du mouvement. N’ignorant pas le passé d’homme d’extrême droite de son nouveau conseiller, Frédéric Nihous tient à en nuancer le portrait, estimant qu’il « porte une étiquette injustifiée ». « Son image est marquée, reconnaît-il, mais il apporte sa contribution au débat. Je ne partage pas tout ce qu’il dit mais il est souvent de bon avis. Chacun a son passé, ce qui compte c’est ce qu’il y a devant. Il a fait sa révolution culturelle après une grande phase d’introspection. On discute beaucoup de thèmes comme la défense de l’identité rurale, d’Europe. Il a de très grandes capacités intellectuelles.»

C’est une interview, donnée en 2009, qui a permis la rencontre des deux hommes. Rédacteur en chef de Minute, Bruno Larebière ouvre ses colonnes au leader de CPNT, alors en pleine campagne européenne. Depuis, les deux hommes se fréquentaient régulièrement et s’engageaient « souvent dans des débats philosophiques ensemble », raconte Frédéric Nihous.

Un échange intellectuel qui ne surprend pas Philippe Millau, responsable identitaire en Bretagne, qui voit entre la CPNT et le BI, « un cousinage relatif ». « Chasse, pêche, nature et traditions a toujours été un parti plutôt identitaire et enraciné même s’il défend des intérêts particuliers, poursuit-il. Hormis sur l’Europe, je ne vois aucune contradiction [entre les deux formations]. » Plus concrètement, il pourrait éventuellement servir de sas de transition à Bruno Larebière si ce dernier souhaitait s’engager dans des mouvements moins radicaux. Une hypothèse à laquelle ne semble pas croire le président du Bloc identitaire, Fabrice Robert, qui se dit « convaincu que sa mission au sein de la CPNT n’est que ponctuelle ».

Reconversion d’une figure de l’extrême droite

Radical, Bruno Larebière ne l’a pas toujours été. Sa vie politique débute en 1978, à l’âge de 15 ans, dans les rang du RPR, avant d’obliquer, selon Fabrice Robert, vers le mouvement nationaliste révolutionnaire Troisième voie, puis de se mettre en sommeil. Ce n’est que 20 ans plus tard que l’homme, devenu entre-temps journaliste (Le Choc du mois, Minute), reprendra du service dans les rangs du Bloc identitaire.

Bruno Larebière évoque aujourd’hui une « reconversion professionnelle » nécessaire après avoir perdu « la flamme pour faire du journalisme ». Il explique sa « mise en retrait » du Bloc par la nécessité de ne plus avoir « aucun engament politique » à cause de ses nouvelles fonctions de « conseiller en communication auprès d’entreprises ». Ses pages LinkedIn, Facebook et Twitter, crées après son retrait politique, sont vierges de toute mention à Minute ou au Bloc. « Cela faisait un moment que ça me trottait dans la tête, confie-t-il. J’ai 48 ans, j’avais envie de créer ma propre structure. » De son côté, Fabrice Robert, évoque plus qu’une « mise en retrait ». « Il n’est plus au Bloc identitaire, tranche-t-il. Cela aurait été incompatible et un problème pour les deux mouvements. »

Au sein de l’extrême droite française, Bruno Larebière était en tout cas devenu en quelques années, une figure incontournable. Son départ de Minute et du Bloc identitaire risque donc de bouleverser quelque peu la géopolitique des différents partis gravitant à la droite de la droite.

Victime collatérale de Marine Le Pen?

Peu connu du grand public (mis à part cette interview enregistrée avec Robert Ménard peu avant “l’apéro saucisson-pinard” du 18 juin 2010 où il brandissait un saucisson et un drapeau français), Bruno Larebière a été rédacteur en chef de Minute pendant neuf ans, une période durant laquelle il donna une inflexion anti-mariniste au journal. De manière quasi hebdomadaire, Larebière étrillait Marine Le Pen et Laurent Ozon, (l’un de ses proches conseiller ndlr) dans les colonnes de son journal.

Sous sa houlette, Minute se paya le luxe de rentrer en guerre ouverte avec le Front lorsqu’en pleine campagne interne, l’hebdomadaire divulgua le futur organigramme du FN mariniste. Tant est si bien que le quotidien nationaliste fut déclaré persona non grata lors du congrès du Front national à Tours en janvier 2011. Une première.

Depuis le départ de Larebière, les relations entre Minute et le Front national se sont étrangement réchauffées. Jadis proscrit, Marine Le Pen et le vice-président du FN Louis Aliot ont accordé récemment de longues interview à Minute.

Une inversion des relations que l’on observe de manière quasi identique du coté du Bloc depuis que Larebière en a claqué la porte. Responsable des relations presses du BI, Bruno Larebière était également directeur de publication de Novopress (le site d’info en ligne des identitaires). Apprécié des journalistes pour son professionnalisme, il avait réussi à donner une visibilité inespérée à un mouvement qui ne compte que quelques centaines de militants.  Interviewé par Préférence-nationale.net, le responsable du Bloc Identitaire, Fabrice Robert, reconnaît à demi-mots qu’un « désaccord stratégique » est à l’origine de son départ. « Il se sentait peut-être moins bien chez nous », a t-il confié laconiquement.

Au sein du Bloc, Larebière fidèle à sa ligne anti-mariniste, refusait d’entendre parler d’une alliance avec le Front. Pourtant, lors des élections cantonales en mars dernier, les deux partis avaient amorcé un timide rapprochement en soutenant un candidat commun à Nice : Jacques Peyrat. Une stratégie qui semblait se confirmer puisque Libération faisait récemment état de contacts entre Laurent Ozon et Philippe Vardon, patron de Nissa Rebella, l’antenne locale du Bloc identitaire à Nice.

Malgré le départ de cette figure emblématique du Bloc, Fabrice Robert se montrait donc confiant quant à l’avenir de son mouvement. Sans évoquer précisément le FN, le leader des Identitaires a déclaré : « Le bloc va continuer son développement, certains partis nous font aujourd’hui les yeux doux. » Une affirmation qui fait dire à un ancien cadre dirigeant du Front national que le Bloc identitaire pourrait monnayer le retrait de son candidat à la présidentielle en échange d’un accord aux législatives.

Sans aller jusqu’à croire que Marine Le Pen a demandé le scalp de Larebière, son départ a donc permis une nette transformation des relations entre le Front national, le Bloc identitaire et Minute.

David Doucet, Julien Licourt et Cerise Sudry-Le Dû

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5 commentaires sur « Frédéric Nihous s’offre les services de Bruno Larebière »

  1. Jean-Pierre
    6 juillet 2011 at 16 h 57 min #

    La reconversion des pseudos identitaires au marinisme en dit long sur la solidité de leurs convictions… Larebière a bien fait de claquer la porte d’un groupuscule invisble électoralement et qui va bientôt se fondre dans le parti marinolâtrique. Heureusement que Jacques Bompard et la Ligue du Sud gardent le cap et ne succombent pas aux sirènes marinières.

  2. Paul
    6 juillet 2011 at 23 h 11 min #

    A force de rechercher la dédiabolisation, le Bloc identitaire a tout perdu. Une partie de ses membres rejoignent Marine Le Pen et l’autre les filiales patentées de l’UMP. La manifestation de Lyon, il y a un mois, a tiré le coup de grâce. Le Bloc a été totalement débordé et son obsession du « relooking » a montré ses limites.

    Finalement entre un Front mariniste qui se recentre encore et encore, un Bloc qui disparait petit à petit, le rassemblement autour de Synthèse nationale, la NDP, Carl Lang, Spieler et le MNR a de beaux jours devant lui.

    En fait, si l’on vaut vaincre, ne faut-il pas simplement être et rester ce que l’on est…

  3. Henri Goc
    7 juillet 2011 at 5 h 40 min #

    Bruno Larebiere est un vieil ami de Patrick Buisson (le conseiller de Sarkosy). Ils travaillèrent ensemble chez Minute, et sa mission au Bloc Identitaire était de tenter de gêner le FN. Ses attaques à répétition contre Laurent Ozon dans Minute étaient destinées à fragiliser le conseiller direct de Marine Le Pen et à contrer ainsi ses initiatives en vue de respectabiliser le FN. La tentative de récupération par les Identitaires des thématiques Localistes de Ozon avait le même objectif.   Bruno Larebière a quitté le Bloc Identitaire et Novopress après les manoeuvres efficaces de Laurent Ozon auprès du Bloc Identitaire (via Philippe Vardon) pour l’en faire exclure.  Il est maintenant chez CPNT pour s’acquitter de la même mission. On ne peut comprendre l’arrivée de Larebière chez Nihous si on ne connait pas les efforts de séduction entrepris par Ozon dans les milieux de la chasse depuis déjà quelques mois pour Marine Le Pen (conférence au sélect St. Hubert Club de France, relations suivies avec son président Victor Sherrer du Cercle International de la Chasse, articles sur Ozon dans la presse Cynégétique etc.). Face à cette nouvelle entreprise de séduction Mariniste, Larebiere est l’outil de l’Elysée pour contrer les efforts de l’emissaire de Marine Le Pen en vue d’élargir les bases du FN. Les chasseurs sont un enjeu électoral de taille. A suivre.

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