Les jeunes Identitaires appellent à voter Montebourg

C’est un soutien pour le moins surprenant que reçoit Arnaud Montebourg dans la course à la candidature socialiste. Les jeunes Identitaires ont décidé d’aller voter pour le député de Saône-et-Loire à la primaire socialiste. Le refus de la mondialisation devient ainsi une valeur transversale, de la gauche à la droite de la droite.

© Philippe Grangeaud / Solfé Communications

 

Si certains à l’extrême droite estiment qu’il faut repartir à la conquête du pouvoir culturel en prenant exemple sur la gauche, d’autres n’hésitent pas à invoquer des parentés politiques avec elle, au risque de faire croire à un mariage contre-nature. Ainsi cette initiative des jeunes Identitaires, qui indiquent, par la voix d’un des responsables du Projet Apache (nom adopté par la formation à Paris et sa région), Frédéric Robillard, vouloir voter pour Arnaud Montebourg lors des primaires socialistes. « Nous sommes en train de réfléchir à la manière dont nous allons procéder », explique-t-il, pas le moins du monde gêné par l’obligation de signer une charte d’adhésion aux valeurs de la gauche, condition indispensable pour pouvoir participer au vote:  « On aime certaines idées de gauche, comme on peut aimer certaines idées de droite ».  S’il ne s’agit pas pour eux de prendre sa carte au PS, il se pourrait donc bien que des voix d’extrême droite se portent sur le nom d’Arnaud Montebourg, bien malgré lui.

Au-delà de la simple boutade, à laquelle les Identitaires, passés maître dans l’art de l’agitprop, sont coutumiers,  on trouve une véritable adhésion à un concept qui semble aujourd’hui dépasser les clivages politiques traditionnels. Le refus de la mondialisation. Et, plus précisément, son exact inverse, la démondialisation. Une idée portée sur le devant de la scène médiatique depuis quelques mois par Arnaud Montebourg, dans la compétition pour être désigné candidat de la gauche à la présidentielle. Notamment par le biais de son livre-programme, Votez pour la démondialisation ! (1), dont la lecture a «agréablement surpris» Frédéric Robillard. Il croit d’ailleurs pouvoir y déceler  l’influence des Identitaires (même si Laurent Ozon, aujourd’hui au FN, revendique leur avoir glissé l’idée) : «C’est une des victoires sémantiques qui peut précéder des victoires politiques.» Le concept a été longuement abordé par Arnaud Gouillon, le candidat identitaire à la présidentielle, lors de sa déclaration de candidature: favoriser le local à chaque fois que cela est possible, tant au niveau des personnes que des biens.

« Un bulletin pour Arnaud Montebourg »

A l’extrême droite, les Identitaires ne sont pourtant pas les seuls à revendiquer ce refus de la mondialisation. Marine Le Pen,  notamment dans son discours d’intronisation, à Tours, en janvier dernier, a également développé une vision économique du retour au local. Sans aller jusqu’à appeler à voter à la primaire PS, elle a tout de même confessé:  « Si je participais de la famille socialiste, je glisserais un bulletin pour Arnaud Montebourg.» Au Front national, l’homme derrière l’intégration de ces concepts au programme se nomme Laurent Ozon. Même si dans l’entourage de la présidente du FN, on glisse que «Marine Le Pen ne l’a pas attendu pour parler relocalisation, comme par exemple dans son discours d’Evian en 2008.»

Le concept de Laurent Ozon (passé un temps chez les Verts, puis lors d’interventions chez les Identitaires) se démarque cependant nettement plus de celui du leader socialiste. S’il trouve le livre d’Arnaud Montebourg « bien intentionné, relativement factuel, grand public et globalement bien senti », il estime qu’il « a encore besoin de bouquiner». L’appellation « démondialisation » est notamment écartée. « C’est comme « décroissance« , c’est un concept de déconstruction pas tellement constructif. Nous préférons parler de relocalisation.»

L’Europe, l’Europe, l’Europe…

Les différences ne s’arrêtent pas aux appellations. Ainsi, si Arnaud Montebourg, comme les Identitaires, estime indispensable que la démondialisation soit menée dans le cadre européen, le FN, lui, rejette cette idée. Laurent Ozon, en bonne conformité avec la ligne dure imprimée par Marine Le Pen contre l’Union européenne, considère qu’il « n’existe pas de levier d’action politique efficace au niveau européen. Il n’y a actuellement pas suffisamment de convergence d’intérêts entre les différents pays d’Europe. Or, toute unité politique de nations ayant des intérêts divergents ne peut que se faire sous la contrainte. Il faudrait, pour cela marche, une sorte d’urgence historique susceptible de surpasser ces intérêts, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.» (2) Pour lui, il n’y a donc qu’un seul lieu pour relocaliser: « Le cadre de la nation, cadre avec pleins de défaut, mais seul cadre actuel possible d’une expression démocratique.» Et d’imaginer nombre de mesures applicables au plan national telles que la détaxation des produits de proximité, la favorisation des flux courts, des crédits d’impôt, la taxation des importations. Le tout basé sur des cercles concentriques (local, régional, national, européen). Côté Identitaire, le discours est radicalement différent sur la zone d’action à considérer, Frédéric Robillard estimant, par exemple que « l’Euro peut être un instrument puissant dans le cadre de la démondialisation». Idem pour M. Montebourg, qui n’envisage pas une telle politique en dehors du cadre de l’UE. Il évoque notamment dans les conclusions de son ouvrage la nécessité de doter l’Europe «d’une écosociale-diplomatie commerciale pour faire intégrer dans les traités de libre-échange de l’OMC de nouvelles conditions non-marchandes», d’‘instaurer une taxe carbone aux frontières de l’UE», ou encore de «passer un accord stratégique industriel avec l’Allemagne» pour défendre les intérêts commun des deux pays.

De vraies différences sur la question de l’immigration

Il existe en revanche un domaine, traditionnel à l’extrême droite, où FN et Identitaires se rejoignent et s’opposent à Arnaud Montebourg: l’immigration. Frédéric Robillard explique: «Je n’ai rien à retirer au livre d’Arnaud Montebourg. Plutôt des choses à y ajouter. Il manque la volonté de relocaliser les populations dans leurs aires d’origines.» Une formule sans doute à rapprocher de la vision du candidat identitaire Arnaud Gouillon, lors de sa présentation de candidature,  détaillant sa vision d’une personnalité « de souche européenne». «Je suis un autochtone d’Europe, je le porte sur moi, je n’ai pas besoin d’avoir des plumes sur la tête», avait alors expliqué le jeune homme. De son côté, Laurent Ozon estime que « la relocalisation n’ira pas sans un protectionnisme social« . «Il ne faut pas oublier l’exploitation de l’homme par l’homme. Qu’est-ce que l’immigration, sinon une délocalisation à domicile?», fait-il valoir. Un thème qui permet au candidat à la candidature socialiste, souvent questionné sur la proximité de son projet avec certains points du programme du Front national, de se démarquer. «Le projet de Marine Le Pen est nationaliste, il repose sur une logique de fermeture des frontières et de préférence nationale, explique-t-il à La Croix. Le mien est internationaliste et européen. » Ou encore à Libération: «Dans [le cas de Marine Le Pen], la démondialisation implique nationalisme et haine de l’étranger sous toutes ses formes.» Le jeunes Identitaires rêvent de pouvoir organiser des « assises de la démondialisation », sur le modèle des « assises de l’islamisation », qui ont eu lieu en décembre dernier. L’idée serait de rassembler toutes les formations politiques se revendiquant du concept, quelque soit leur couleur. Devant de tels désaccords, ce ne sera sans doute pas une mince affaire.

Julien Licourt

(1) Votez pour la démondialisation !, Arnaud Montebourg. Flammarion, 2€.
(2) Citation complétée suite à un second entretien avec Laurent Ozon.

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3 commentaires sur « Les jeunes Identitaires appellent à voter Montebourg »

  1. Madelène
    26 juillet 2011 at 17 h 26 min #

    Pauvre Arnaud Montebourg, j’ai de la peine pour lui et la récupération politique faite par certains…

  2. 21 août 2011 at 11 h 28 min #

    montebourg frappe à toutes les portes pour se trouver un gruyère politique.

  3. 9 octobre 2011 at 15 h 16 min #

    J’ai aussi de la peine pour Montebourg dont j’approuve ses positions en dehors de son souverainisme de gauche son protectionnisme européen qui bien qu’il soit différent de celui des identitaires d’extrême droite a néanmoins certains points communs. Eurosceptique et europhobie sont surtout les deux faces d’une même médaille chez certains partisans de Mélenchon qui rêvent l’impossible c’est à dire une alliance LO-NPA-FDG… Certains de ces indignés et altermondialistes sont les premiers idiots utiles du sarkozysme et Marine s’en frotte les mains à chaque fois qu’ils ne votent. Ce sont certains qui osent donner des leçons et ne savent pas faire trois phrases sans se rapprocher du point Godwin souvent. Montebourg est un chevenement bis. En effet vouloir revenir au Traité de Rome, les identitaires d’extrême droite et Marine Le Pen peuvent en être que friands. Emmanuel Todd qui a préfacé le livre de Montebourg a néanmoins été à l’université d’été il y a quelques années chez le gaulliste fasciste d’extrême droite Dupont-Aignan.

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