La présidente du Front national, candidate dans le Pas-de-Calais, affirme ne pas connaître l’ancien leader des skins parisiens Serge Ayoub, venu tracter vendredi dans sa circonscription. Marine Le Pen a pourtant déjà dîné avec lui et participé à une soirée dans son bar.
Le marché d’Hénin-Beaumont, the place to be. A peine s’était-il habitué à la présence de Marine Le Pen qu’il a vu débarquer pour ces législatives une autre personnalité nationale, Jean-Luc Mélenchon. Et le flot de journalistes relatant ce duel Front contre Front, le plus chargé en symboles de ces élections. Voilà que vendredi, d’autres militants politiques sont venus fouler ces terres ouvrières. Des tracts signés « Fdesouche.com 1er blog politique de France » y ont été diffusés. Serge Ayoub et son Front populaire solidariste sont également venus tracter et diffuser leur journal, Salut public.
Une présence remarquée, notamment par le style “skin” des militants présents. A tel point que les journalistes de l’émission politique de France 3 Nord-Pas de Calais, “La voix est libre”, ont interpellé la candidate du Front national, sur ce sujet, samedi (vers 38 minutes).
Journaliste: “Marine Le Pen, la Maison Flamande, François de Souche, qui sont des groupuscules identitaires (sic!), commencent à beaucoup se manifester dans la circonscription ces jours ci, et multiplient les initiatives. C’est toute l’extrême droite qui vous soutient finalement ?”
Marine Le Pen : “Qui me soutient? Vous sortez cela d’où ?”
Journaliste : “Du marché.”
Marine Le Pen : “Ils sont venus, permettez-moi, défendre leur candidat. Ils ont un candidat dans une autre circonscription. Et ils sont venus courir après votre cirque médiatique. Parce qu’il y avait des caméras, alors cela attire tout le monde, pour essayer de se faire un peu de publicité.[...] Ce que je réfute en revanche c’est ce que vous essayez de faire, à savoir faire un lien entre eux et moi, alors même qu’ils ont dit tout le mal qu’ils pensaient de moi, ça tombe bien je pense également d’eux tout le mal, en l’occurrence de ce monsieur du parti solidariste, dont je n’ai d’ailleurs jamais entendu parler, au passage.”
Marine Le Pen tente donc d’évacuer tout lien avec des militants qu’elle juge trop radicaux suivant la stratégie de dédiabolisation qu’elle a mise en place pour le Front national. Elle n’a effectivement pas fait venir la quinzaine de militants au look skinhead qui entouraient Serge Ayoub. Ceux-ci sont dans la région pour soutenir la candidture de Sylvie Langlois, candidate à Wattrelos, dans le Nord, comme nous l’expliquions dans cet article. Contacté, Serge Ayoub explique qu’il organise chaque semaine des ventes de son journal et des diffusions de tracts sur un marché de la région. Cette semaine, c’était donc Hénin-Beaumont. Il explique que compte-tenu de la situation de cette ville, il se devait de faire un tract particulier. Celui-ci est en effet très axé sur les affaires qui empoisonnent la vie politique locale de la ville. Intitulé, “De Sarkozy à Hollande, de mal en pis!”, il mentionne l’ancien maire Gérard Dalongeville, Jean-Pierre Kucheida et Philippe Kemel. Il se conclut sur “Voter PS, c’est voter UMP en pire! Résistez à leurs mensonges, lisez Salut public…” Ce n’est pas la première fois que le Front populaire solidariste fait parler de lui dans la région. Ce regroupement politique structure autour de Troisième voie, mouvement nationaliste-révolutionnaire, divers groupuscules, dont la Maison flamande (et sa branche politique Opstaan), dont le siège est situé non-loin de Lille. Ces relations ont débouché sur l’organisation d’une manifestation, en octobre dernier, dans les faubourgs de Lille.
Depuis sa réactivation, en 2010, Troisième voie élabore peu à peu son discours politique (croisade anti-élitistes et anti-immigration, défense de la working class). Ces « solidaristes » affirment vouloir rompre avec l’extrême droite. Même si les leaders du mouvement assument de recruter des éléments parfois très radicaux. En terme d’action, ils rejettent la métapolitique et le gramscisme de la Nouvelle droite et des Identitaires pour lui préférer le retour au discours politique, au pragmatisme et la création de “base autonome durable” (Le local à Paris, la Maison flamande dans le Nord).
Tout le mal ?
Mais revenons à Marine Le Pen, qui affirme que Serge Ayoub et son mouvement cherche à la discréditer. Dans les faits, Troisième voie est l’un des rares mouvements d’extrême droite radicale à avoir appeler à voter pour elle lors de l’élection présidentielle, la désignant comme « l’arme la plus efficace contre le système actuel” (1). Les nationalistes-révolutionnaires ne croient certes pas à la dédiabolisation, estimant que “sans préparation du terrain, sans effort pour contrer le système médiatique de l’intérieur, dédiaboliser revient alors à labourer la mer”, mais que “surtout, elle représente une faute politique pour un mouvement qui se définit comme révolutionnaire: un révolutionnaire ne se soumet pas aux normes d’un système qu’il a pour ambition de détruire” (2). L’attrait pour le ton populaire de ses discours les séduits en revanche franchement. En février, Serge Ayoub a d’ailleurs défendu Marine Le Pen et sa candidture dans une vidéo (à partir de 2 minutes).
Inconnu au bataillon ?
Second mensonge de la présidente du FN. Marine Le Pen affirme “ne jamais avoir entendu parler” de ce “monsieur du parti solidariste”. Problème: elle reconnaît avoir dîné avec lui à la fin de l’été 2010, dans l’enquête “Le système Le Pen”. De Serge Ayoub, elle dit alors que c’est “un drôle de type. Parce qu’il est loin d’être idiot, il est assez modéré dans ces propos. Je ne le connaissais pas même si je savais qui c’était”. Elle reconnaissait alors en lui quelqu’un “capable de canaliser ce milieu qui existera toujours” (3). Serge Ayoub nous confirmait l’avoir rencontré, “à titre purement informatif”. “Ce n’est pas inintelligent de sa part de se demander: “c’est quoi cette fin de cortège, c’est qui ces gens là ?” Des rencontres comme celles-ci me semblent normales et plutôt logiques”, nous disait-il.
Dans sa réponse, Marine Le Pen ne se prononce pas sur Fdesouche, dont les liens du responsable avec le FN ont été démontrés. Marine Le Pen, elle-même, se disait “lectrice” du blog, allant jusqu’à participer en 2008 à une rencontre qu’il avait organisé. Rencontre organisée au Local, bar de Serge Ayoub.
Julien Licourt
(1) Salut public, “Entre peste et choléra”, numéro 4, avril 2012.
(2) Salut public, “Dédiabolisation, piège à cons!”, numéro 3, mars 2012.
(3) Le système Le Pen, Caroline Monnot et Abel Mestre, Denoël, août 2011, Paris.






Article honnête. Vous faites correctement la différence entre des nazis et des nationalistes-révolutionnaires, c’est rare.
Il est agréable de lire un article intelligent et honnête.