En Hongrie, la Garde hongroise est de retour

Plusieurs organisations ont pris la relève de la Garde dissoute en 2009, commémorent son souvenir et reprennent sa pratique d’intimidation physique des minorités gitanes du pays.

La petite ville hongroise de Devecser avait fait parler d’elle en 2010, en étant prise dans la catastrophe des boues rouges. Cette fois-ci, c’est pour une toute autre raison que son nom est revenu dans l’actualité. Au cours du mois d’août: une manifestation d’ampleur contre les Gitans a été organisée par l’extrême droite hongroise. Près de 1000 personnes se sont réunies à l’appel du Jobbik (parti qui a réalisé 17% aux dernière législatives, représenté à la manifestation par trois députés) et de milices civiles telles que la « Nouvelle garde hongroise », les « Motards de la Garde » ou de la « Garde civile pour un avenir meilleur ». Ces milices calquées sur les milices fascistes des années 1930, défilent en uniforme et marchent au pas. On peut les voir sur cette vidéo tournée par l’extrême droite, le 5 août:

Ces mouvements ont pu mettre en application leur théorie d’ «auto-défense des Hongrois« . Ils accusent la police d’abandon et d’inaction face aux populations gitanes. Dernièrement, ils ont pris pour prétexte un différent entre une famille hongroise et une autre gitane pour rendre justice eux-mêmes. Des maisons, protégées par quelques policiers débordés, ont été caillassées, ainsi que le montre cette vidéo, également tournée par l’extrême droite:

La manifestation a été précédée de de prises de paroles particulièrement explicites et violentes, comme le rapporte le blog The Contrarian Hungarian. Ainsi, à propos des Gitans, l’un des leader a pu dire que « partout où cette ethnie est présente, la destruction et la dévastation apparaît. Les gitans veulent exterminer les Hongrois et s’ils veulent se battre, alors on doit mener la lutte contre eux, il n’y a pas d’autre possibilité« . Plusieurs discours appellant à la haine raciale ont pu suivre.

En janvier, Minute avait consacré un reportage sur le village de Gyöngyöspata (1), et rapportait comment les milices privées avaient réussi à faire fuir une partie de la population Rom. La presse nationaliste française voit d’ailleurs la Hongrie comme un modèle et même comme une espérance. Pendant l’entre-deux tours de la présidentielle française, on pouvait ainsi lire dans le journal Rivarol (2): « Nous nous battons [...]  pour un idéal nationaliste, pour le rétablissement, le recouvrement d’une France souveraine, indépendante, blanche et chrétienne. Aujourd’hui cela semble relever du rêve mais ce qui se passe en Hongrie, notamment avec le mouvement Jobbik, prouve que rien n’est irrémédiablement perdu. Même si la Hongrie n’est pas la France et qu’elle est beaucoup moins corrompue et avilie, pourquoi ce qui réussit à Budapest échouerait-il forcément à Paris ?« 

Garde et Nouvelle garde

Budapest, justement. Les mêmes organisations qu’à Devecser se sont retrouvées une vingtaine de jours plus tard, le 25 août, en plein coeur de la capitale. Ils étaient cette fois quelques centaines, dont environs 200 portaient l’uniforme interdit de la Garde hongroise. Car c’est pour fêter le 5e anniversaire de cette milice dissoute, bras armé du Jobikk et connue également à l’époque pour sa violence envers les minorités ethniques, qu’ils ont investi l’un des endroits les plus touristiques de la ville : la Place des Héros. L’endroit a de quoi ravir les nostalgiques du fascisme: gigantesques colonnade néo-classique, place large entourée de somptueux musées du même style avec en son centre une colonne glorifiant le passé hongrois. La manifestation, d’abord interdite, a finalement été autorisée en appel, les organisateurs arguant qu’ils n’étaient pas la Garde hongroise, mais… la Nouvelle garde hongroise. Des photos de la manifestations sont visibles sur ce blog. Voir également ce reportage de la télé hongroise:

La Garde hongroise, dissoute en 2009, existe bien de nouveau, sous un autre nom.

 Julien Licourt

(1) Minute, n°2546, 11 janvier 2012. Le journal consacrait sa une au pays, titrant « Hongrie : l’autre pays du populisme ».
(2) Rivarol, n°3045, 4 mai 2012.

Mots-clefs :, , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>